Armes de séduction massive: l’ONU sonne l’alarme

Un nouveau danger guette la société occidentale. On a vu apparaître, ici et là, des sourires tout soudains, comme des assauts de gentillesse. Ils n’avertissent pas de leur arrivée et font irruption dans nos vies comme autant d’attaques en règle.

 

Voilà que je sortais d’un bus, emmasqué, quand face à moi se tortillait un sourire embrouillé, confiné, lui aussi, par l’état de nécessité. Je portai la main à mon cœur : j’avais senti un pincement étrange, persistant. Parfois, c’est un coup de poignard qui vous est destiné : dans ce cas, on fait face, on trouve la parade, on esquive. D’autres fois, un baume envoûtant vient enlacer votre esprit, trompeur et maléfique ; là encore, on sait déceler l’infâme, on le dévoile, on le démasque.

 

Mais là, ça s’en va et ça revient, c’est une chanson qui égrène son refrain, ça tourbillonne dans l’air du soir… Je pensai alors à Zamiatine et à sa contre-utopie, Nous autres :

 

« Elle avait dans les yeux et les sourcils je ne sais quel X étrange et irritant que je ne pouvais saisir et mettre en équation. […] J’aperçus ses sourcils relevés vers les tempes, qui formaient un angle aigu, comme les jambages de l’X. [Je portai mon regard vers cette] inconnue, fine, tranchante, souple comme une cravache. [Puis j’aperçus] mes [propres] mains, toutes couvertes de poils, toutes velues, par un atavisme absurde. »

INTERNET EST UN ESPACE DE LIBERTÉ…

…Et ma main est imberbe. Enfin, d’après l’image qu’en donne mon écran, après l’application d’un filtre anti-âge. Je pensai aux réseaux dits sociaux et à ce paradoxe : ceux-là même qui s’en servirent pour triompher de la bien-pensance, butent à présent contre l’implacabilité des algorithmes et la placidité froide des modérateurs.  C’est cocasse. C’est tragique. Car, face à l’immense espoir d’une liberté sans limite, la moindre censure est vécue, soit comme une intrusion violente dans la sphère privée, soit comme un mirage de plus dans un monde déjà laminé par la virtualisation progressive de chaque parcelle de nos vies. Dans le premier cas, ça s’appelle un viol. Dans le second cas, c’est la mise en vitrine définitive de nos espoirs les plus fous ; nous ne sommes plus les spectateurs de filles dénudées derrière des parois de verre : les prostituées, c’est nous.

 

Le livre annonçait la liberté. Et internet ? Annoncés comme le bélier qui viendrait fracasser ce qui restait de privilèges doctes et d’enfermement social, les réseaux ont en réalité été à l’origine de la pire des régressions : alors que les puissants maniaient la censure en la présentant comme telle, la régulation actuelle des flux mondiaux d’information s’effectue selon des critères inavouables. La liberté n’est pas le but, elle est au contraire une empêcheuse de tourner en rond.

 

« Oui, mais on dit parfois n’importe quoi sur internet ! La haine y déferle, on diffame… »

 

Certes. Mais alors il ne fallait pas l’inventer, votre internet. De même que, par temps de virus, masques et confinements deviennent inévitables, l’accès à cet espace de liberté infini vous oblige, chers GAFAM, à faire preuve d’un zeste d’autoritarisme, n’est-ce pas ?

 

La haine et les mensonges vous font peur ? Eh bien, dansez maintenant.